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Esprit meurtri

Esprit meurtri
A ma "demie-soeure", Vanessa.
aux lecteurs : n'ayez crainte, ce n'est pas une histoire nazie.

_Schnell ! Schnell ! Verbrenne die Jude !
_Ja mein General.
Karl Schneider prit le lance-flammes et brûla vif les vingt juifs qui étaient debout en ligne devant lui. Ceux-ci le regardèrent, l'air suppliant, et quand les flammes vinrent leur mordre la peau, ils se mirent à hurler, des cris de douleur que jamais Schneider ne pourrais oublier ; une odeur de corps calciné parvint au nez du nazi, une odeur qui le fit presque vomir.
Karl se réveilla en sursaut, dégoulinant de sueur, les larmes aux yeux, tremblant de tous ses membres. Il scruta la pièce, c'était une petite chambre, avec un lit, une télévision, une table de chevet, une fenêtre et deux portes, une donnant sur la salle de bains et WC, l'autre sur le couloir. Cette dernière s'ouvrit et une infirmière entra. Il se souvenait maintenant. Il était dans une maison de retraite en France, la guerre était terminée – il n'en était pas mécontent – depuis soixante ans. Il n'avait pas voulu faire toutes ses atrocités. Mais il avait été obligé. Il n'avait que huit ans au moment du massacre. Il avait protesté mais le général, pour le convaincre viola sa mère devant ses yeux. C'était ça la jeunesse hitlérienne. Mais maintenant le souvenir le suivait. Toutes les nuits le même cauchemar, cette scène qui se répétait inlassablement nuit après nuit. Cette odeur, ces cris.
_Qu'y a-t-il, monsieur Schneider ? demanda l'infirmière de la voix la plus douce qui soit.
_Rien, ne vous inquiétez pas.
_Encore un cauchemar, c'est ça ?
_Malheureusement. Je crois que mes jeunes années ne me quitteront que lorsque la mort viendra me cueillir.
_Quelle belle métaphore !
_Merci.
_Maintenant tâchez de vous rendormir. C'est le jour de la marche demain. Cela vous fera du bien de vous balader.
_Bonne nuit, Fräulein.
Elle sortit de la chambre. Elle était extrêmement jolie. Environ vingt-cinq ans, blonde, les cheveux ondulés, un visage d'ange. Karl l'aimait beaucoup. Elle toujours gentille avec lui.
Schneider était à nouveau seul dans sa chambre, il ne voulait surtout pas se rendormir, revenir dans le passé, mais la fatigue gagna et l'emporta dans les bras de Morphée. Et ce fut pire, bien pire...
L'un des juifs était resté debout, il courait dans tous les sens, hurlant, gesticulant, levant les bras au ciel. Le général donna un fusil au petit Karl et lui ordonna de tirer. Karl braqua l'arme et tira une fois, deux fois, trois, quatre, l'homme était encore debout et couru vers l'enfant. L'odeur se fit plus forte. Le jeune visa la tête et tira. Le juif tomba tel un pantin auquel on aurait coupé les ficelles. Le général lui ébouriffa les cheveux.
Nouveau réveille, mais cette fois il ne cria pas. L'infirmière ne sut jamais qu'il s'était réveillé, ni pourquoi il avait mit fin à sa vie.
Il se leva, monta sur le lit, dévissa l'ampoule au plafond et, rassemblant toutes ses forces, tira le fil. Il se l'enroula autour de sa gorge et sauta du lit.
L'infirmière fit le tour de toutes les chambres pour apporter le petit déjeuner. Elle entra dans la chambre 320 et vit un homme, pendu au plafond, le visage bleuâtre. C'était Karl Schneider. Il était mort.
Ses funérailles eurent lieu quelques jours plus tard. Elle y alla, il n'y avait qu'elle, pas de famille, pas d'amis. En y repensant, elle se souvint que jamais personne ne venait le voir. Elle partit, le c½ur lourd, remplie de mélancolie, et d'une tristesse pour un pauvre vieil homme, seul, dont elle ne connaissait rien.

Fin
2005

# Posté le samedi 01 juillet 2006 10:52

Modifié le dimanche 20 juillet 2008 15:45

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